Voici des réponses
à quelques questions qui nous sont
le plus fréquemment posées
ou aux objections les plus courantes.
— Qu’entendez-vous par besoins essentiels ?
Les êtres humains sont animés par une palette très diverse de besoins. Parmi ceux-ci, certains sont habituellement classés
en besoins primaires, ou encore besoins physiologiques. Ils incluent les éléments indispensables à la survie :
respirer, boire, manger, éliminer, se protéger des variations de températures, être en sécurité, dormir.
Au delà, on compte au moins une cinquantaine de besoins constituant les besoins essentiels à notre bien-être :
sécurité, compréhension et empathie, créativité, amour et intimité, jeux, détente et repos, autonomie, sens et spiritualité,
selon Marshall Rosenberg, fondateur de la communication non violente (CNV).
Pour l'économiste chilien Manfred Max-Neef, "les besoins humains fondamentaux sont constants dans le temps et
communs à toutes les cultures humaines, ce qui change selon les périodes historiques et les cultures,
ce sont les stratégies par lesquelles les groupes humains
cherchent à satisfaire ces besoins."
— Quelle différence faites-vous entre besoins et stratégies ?
Selon M. Rosenberg, chaque besoin peut être satisfait par de nombreuses stratégies.
Exemple : j’ai un besoin de détente, je peux le satisfaire en faisant mon sport favori, en téléphonant à ma cousine,
en construisant un puzzle ou tout autre stratégie... Dans tous les cas, si l’action entreprise me détend,
alors mon besoin sera nourri et satisfait pour un temps.
D’ailleurs souvent les stratégies tentent de satisfaire plusieurs besoins à la fois, dont certains ne sont pas
nécessairement conscients.
Exemple : je décide d’aller boire un verre en terrasse avec des amis : cela répond à la fois à mon besoin de boire,
à mon besoin de détente et à mon besoin de lien.
Le besoin est ancré dans le corps et l’esprit des personnes, on ne peut donc pas parler de besoins de l’Etat,
de la société ou du peuple.
Notre travail de citoyen sera de définir les cadres permettant à chaque habitant du pays de pouvoir satisfaire
ses besoins essentiels.
— Comment envisagez-vous une candidature aux prochaines élections présidentielles ?
— Ne devriez-vous pas commencer par les élections municipales ?
Les élections municipales sont des élections très importantes. Le projet de Pourquoi pas dimanche s'appuie
sur des bases proches du quotidien : ça se joue en premier au niveau des communes.
Nous pensons que le temps est venu de transformer toute la société, en faisant émerger ce qui est déjà là.
A l'échelle communale, par exemple, il y a déjà des dizaines de municipalités en France, de toutes tailles,
qui travaillent avec ces méthodes participatives, et il y en aura davantage encore après les élections municipales de 2026.
Mais travailler à l'échelle municipale seulement, cela ne suffit pas !
D'ailleurs, dans les communes, on ne nous a pas attendu·es pour tenter d'améliorer les choses.
Des milliers d'élu·es se démènent tous les jours pour améliorer la situation de leurs administré·es.
Si toute cette énergie déployée suffisait, nous n'en serions pas là aujourd'hui... Et c'est parce que leurs actions
se heurtent trop souvent aux limites des politiques nationales.
Ces dernières années, au grand dam des associations d'élus locaux, l’État a même renforcé sa mainmise sur les communes :
non seulement elles ont de moins en moins de ressources propres, et dépendent donc de plus en plus des politiques décidées
au niveau national pour financer leurs projets, mais en plus, l’État leur impose toujours davantage d'obligations,
tout en limitant leur champ de compétences.
Ainsi, les équipes municipales font face à beaucoup de problèmes insolubles à leur échelle, qui pourraient être évités
par des politiques efficaces au niveau national. A l'inverse, des décisions déconnectées des réalités de terrain
sont prises au niveau national, alors que le niveau communal ou intercommunal serait bien plus adapté.
L'énergie des uns et des autres et l'argent public seraient mieux employés si les décisions se prenaient de manière
plus partagée entre les différentes échelles.
S'il serait chimérique de prétendre changer la société seulement par le sommet de l’État, il serait tout aussi chimérique
de prétendre la changer seulement par l'action communale. La seule manière de réussir, c'est de travailler en même temps à l'échelle communale
et à l'échelle nationale, afin que ces deux échelles se renforcent l'une l'autre.
Le projet de Pourquoi pas dimanche, c'est donc de mettre en œuvre aussi à l'échelle nationale ces changements
que d'autres expérimentent à l'échelle locale. C'est pourquoi nous devons changer les choses au niveau présidentiel.
Et ce n'est pas parce que la marche semble bien haute qu'il faut refuser l'obstacle.
— Ce projet de nouvelle constitution, en quoi est-il différent d'autres propositions de 6ème république ?
Il s’agit d’un changement constitutionnel plus important :
il s’agit de changer aussi de forme de démocratie.
On assimile souvent la démocratie à la démocratie représentative,
dont on voit bien actuellement les limites. Il s’agit pour nous d'entrer
dans une nouvelle ère démocratique, celle où nous déciderons directement pour nous-mêmes,
et non plus seulement à travers des "représentants" élus.
— Une "nouvelle ère démocratique", c'est-à-dire ?
La nouvelle démocratie que nous proposons repose sur plusieurs constats :
- face aux enjeux totalement nouveaux qui sont devant nous,
c'est-à-dire vivre en paix sur une planète dont nous voyons maintenant
que les ressources ne sont pas infinies, et faire face à un bouleversement
climatique aux conséquences immenses, seule la puissance de l'intelligence
collective peut nous aider à inventer les réponses adaptées. Aucun homme, aucune femme
providentielle, aucun régime autoritaire n'est capable d'apporter toutes les solutions dont
nous avons besoin.
- cette intelligence collective se construit grâce à la diversité des personnes
qui y participent, en utilisant des méthodes de "facilitation" qui permettent à chacun
et chacune d'exprimer son point de vue, d'écouter celui des autres, d'en discuter, et au
final de construire ensemble les meilleures décisions possibles.
- tout citoyen, toute citoyenne, est légitime et nécessaire pour participer
à la décision collective.
"Est démocratique une société qui se reconnaît divisée, c'est-à-dire traversée par des contradictions d'intérêt,
et qui se fixe comme modalité d'associer à parts égales chaque citoyen dans l'expression de ces contradictions,
l'analyse de ces contradictions et la mise en délibération de ces contradictions, en vue d'arriver à un arbitrage."
Paul Ricœur
— Mais comment on fait pour décider à 55 millions ? (nombre d'adultes en France)
Les conventions citoyennes, avec des personnes tirées au sort,
qui ont été expérimentées dans plusieurs pays d'Europe, ont montré
que cela était possible, que des personnes tirées au sort produisaient ensemble
des décisions de meilleure qualité que des seuls "experts" ou des "représentants" élus.
De nombreux groupes travaillent déjà comme ça, par exemple dans les communes participatives,
dans les associations collégiales, et même au Sénat ! Chaque participant ou participante
arrive au départ avec des points de vue différents, puis un dialogue constructif permet
d’aboutir à un consensus où les points de vue de tous ont évolué.
Il suffit de donner le pouvoir de décider à des systèmes de ce type.
— Mais élire des représentants, n'est-ce pas la façon la plus démocratique d'être représenté·e·s ?
Pas du tout, au contraire même.
Justement, on constate qu'actuellement les personnes que nous avons élues ne nous représentent pas :
ni en termes de genre, ni d'âge, encore moins de catégorie sociale ou de métier... et nous nous
reconnaissons de moins en moins dans les décisions qu'ils prennent en notre nom. Certaines
se targuent même de la "légitimité" apportée par leur élection pour prendre des décisions
contraires à la volonté de leurs électeurs et électrices.
Cela vient entre autres du fait qu'ils ont été élus non pas sur leur capacité à nous représenter,
mais sur leur capacité à se faire élire (par exemple en parlant bien, en nous inspirant confiance...).
Nous pensons que le meilleur moyen de garantir la représentativité des personnes à qui nous
déléguerons notre pouvoir de décision est le tirage au sort.
Mais il ne s'agit pas seulement de "représentation", il s'agit aussi et surtout de déléguer
notre pouvoir de décider pour nous-mêmes. Est-ce nécessaire ? Si oui, à qui et dans quelles conditions ?
— Et si les personnes tirées au sort ne veulent pas ou ne se sentent pas capables ?
Les jurys d’assises fonctionnent déjà par tirage au sort :
c’est une responsabilité, un devoir citoyen. On ne peut pas dire
"je ne veux pas", "le sujet ne m’intéresse pas"... Pour que ce soit possible,
il faut que la participation soit rémunérée, que le temps passé à s'occuper
des affaires communes soit compensé et n'engendre pas de difficulté financière
ou d'organisation familiale (on pense par exemple aux mères isolées avec de
jeunes enfants).
Chaque personne a des capacités, des sensibilités différentes. C’est la diversité
qui permet de créer des solutions nouvelles et adaptées. Le tirage au sort donne une
légitimité qui aide à s’exprimer, qui permet d’être soi-même.
Par exemple, une élue inexpérimentée dans un conseil municipal avait le sentiment de
toujours poser « la question bête ». Et au final, le groupe a reconnu que c’était ces
questions qui faisaient réellement avancer la réflexion.
Il est important de reconnaître que tout le monde a des choses à apporter pour la
résolution des problèmes communs, même les personnes qui n'ont pas l'habitude de parler
en public, même les personnes qui croient qu'elles ne sont pas capables de donner leur avis
ou leur vision des choses.
Prendre de bonnes décisions n'est pas facile. Cela relève d'une responsabilité collective.
C'est même notre devoir de citoyen et de citoyenne. Quand on délègue cette prise de décision,
on voit que cela n'aboutit pas à des politiques qui répondent à nos besoins essentiels.
Mais les personnes qui ont été tirées au sort dans des jurys d'assises, des conventions citoyennes,
ou des démarches participatives vous le diront : cela a été un moment passionnant de leur vie !
— Décider à plusieurs, c'est la foire d'empoigne, et c'est celui qui parle le plus fort qui gagne à la fin, non ?
Ça, c'est sans la Charte ! C'est bien pour ça que nous avons besoin d'un cadre qui permet de discuter
de manière équilibrée et en sécurité.
La Chartepermet de rendre nos désaccords productifs.
Sous ses diverses formes (de nombreux groupes ont la leur), c'est un outil indispensable à l'exercice de la démocratie délibérative.
— Ni de droite, ni de gauche... on nous a déjà fait le coup !
C'est vrai, des hommes politiques inscrits dans des logiques partisanes
ont prétendu faussement se placer au-dessus.
La différence avec eux, c’est que nous ne sommes pas des hommes ou des femmes politiques,
nous sommes des citoyens et des citoyennes. Nous ne sommes pas là pour défendre tel parti,
tel programme ou telle idéologie. Nous nous levons parce que nous
voulons nous occuper nous-mêmes de nos affaires, de nos besoins essentiels. Parmi nous il y a
de tout, c’est notre richesse. Ce qui nous rassemble, c'est notre désir d'un avenir où tous
les humains de cette planète pourront vivre en paix et répondre à leurs besoins essentiels.
Et notre conviction que pour atteindre cet objectif, nous devons décider pour nous-mêmes,
grâce à un système véritablement démocratique.
C'est cette souveraineté démocratique qui nous permettra de reprendre la main sur les puissances
économiques qui prétendent être au-dessus de nos besoins essentiels.
Et nous sommes convaincus que pour atteindre cet objectif, la souveraineté démocratique est
la seule garante de nos autres souverainetés : économique donc, mais aussi alimentaire, numérique, etc.
— N'est-ce pas impossible de changer les choses ?
Il semble que tout soit verrouillé : les médias, le système politique, l'économie...
Peut-être. Mais peut-être pas.
Peut-être sommes-nous au contraire face à des colosses aux pieds d'argile, dans un monde en train de s'effondrer
sous nos yeux, qui lance ses dernières forces dans la bataille de la domination. Peut-être ces colosses n'ont-ils
que le pouvoir que nous leur accordons.
La seule manière de le savoir, c'est d'essayer de le leur reprendre. C'est l'aventure passionnante dans laquelle
nous nous sommes lancé·es. Qui ne tente rien n'a rien, n'est-ce pas ?
Il n'est pas obligatoire de croire en la victoire pour essayer. Essayer, c'est mettre fin à notre sentiment d'impuissance,
c'est recommencer à regarder les générations suivantes en face, c'est retrouver notre dignité.
Toutes les batailles, même celles qui ne sont pas gagnées du premier coup, sont le ferment des victoires futures.
Impossible ou pas, nous travaillons pour l'avenir, et c'est une grande joie.
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